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15 janvier 2014

Childish Gambino - Because The Internet, l'énorme chronique

Comme vous avez pu le voir avec le calendrier 2014 de Skeuds, les deux premiers mois de cette nouvelle année s’annoncent particulièrement calmes !

Childish Gambino - Because The Internet, l'énorme chronique sur skeuds.comC’est pourquoi nous vous proposons un petit retour sur le mois de décembre, qui aura été , lui, très chargé.

Dans nos chroniques d’albums, un projet a notamment été oublié, c’est celui de Childish Gambino et son Because The Internet, sorti le 6 Décembre.

Childish Gambino ou Donald Glover pour les intimes, signe ici son deuxième album après Camp, apparu en 2011.


Ce premier opus aura été une belle surprise et a au moins eu le mérite d’éveiller la curiosité du grand public.

Mais de nombreuses critiques ont pointé l’absence de thème conducteur, d’univers bien propre à l’artiste.

A Skeuds, cela nous rappelle surtout les critiques sur le Comeback Season de Drake avant que celui-ci ne réplique avec un excellent Thank Me Later.

Childish revient donc deux ans après, avec la même ambition.

Et il prend au mot les critiques.

En effet, cette fois, Donald Glover lance en même temps que son album, un site Internet.

Ce site raconte l’histoire d’un jeune homme, simplement appelé The Boy.

Il se présente sous la forme d’un roman, accompagné de visuels censés être visionnés pendant l’écoute du morceau correspondant.

Vous l’aurez compris, il n’est plus du tout question de projet-fouillis, sans la moindre cohésion.

Childish Gambino veut vraiment nous raconter une histoire cette fois-ci.

Alors, allons voir de près ce qu’il nous a concocté…

Tout commence avec une intro de cinq secondes seulement, intitulée The Library.

Sur le site internet, on apprend qu’à cette période, The Boy est un enfant de 9 ans et que son père s’appelle Rick Ross.

On apprend aussi qu’il est dans une famille riche et qu’il a une vie sans histoires qu’il occupe en insultant les gens sur des forums de rap.

On enchaine alors sur le deuxième morceau de l’album, Crawl.

Cette fois, l’histoire fait un bond de 15 ans après l’intro.

The Boy sort avec des amis à la plage, où ils font la rencontre d’une fille.

Ils lui proposent alors de venir à la soirée qui se profile tout en fumant quelques joints comme le rappelle Childish dans son morceau:

Blue dream by the bouquet 'til I'm blue faced on a Tuesday
Can I have some? #NiggasBeLike

Le troisième morceau enchaine alors, il s’intitule WORLDSTAR.

Cette fois, alors que le groupe se rend à la soirée, The Boy filme avec son téléphone une fusillade.

Et voici ce qu’il en tire:

Making movies with criminals, tryin' to get them residuals
When it all go crazy, when I hear that action, I'ma be Scorsese

Autrement dit, après ça, il ne pense qu’au buzz qu’il va faire avec cette vidéo…

Gambino en profite ici pour critiquer ces jeunes, accros aux contenus chocs et qui n’ont même pas réellement conscience de ce qui les entourent.

The Dial, le quatrième morceau, n’est qu’une instru.

C’est une transition où The Boy et son ami Marcus rentrent de la soirée et se préparent pour une nouvelle.

Cet ami Marcus n’est autre que le nouveau rappeur à la mode actuellement, Chance The Rapper.

Et ce featuring fait son apparition avec le cinquième morceau, The Worst Guys.

Enfin, un featuring … façon de parler.

On entendra finalement Chance sur le refrain et rien d’autre !

Pourquoi un rappeur de sa trempe n’aurait-il pas droit à un couplet ?

Childish Gambino l’a expliqué sous forme de blague sur son compte Instagram.

Selon lui, Chance The Rapper (avec lequel il sera au Firefly Music Festival) était trop occupé à faire … un featuring avec un certain Justin Bieber pour en faire un pleinement avec lui  !!

Pour revenir sur l’histoire de l’album, voilà que The Boy se retrouve avec deux filles dans sa chambre:

Watch a nigga shoot like a four-five
They mad at me too, I got more fire

On l’aura compris, Childish Gambino se pose en patron du Rap comme The Boy le fait avec les deux demoiselles.

Mais, petit problème qui apparait à la fin du morceau:

Cause I'm nervous as fuck and could not get it up
I-I-I-I-I need a minute, cold water to the face

The Boy, tellement nerveux, leur fait le coup de la panne et s’éclipse dans la salle de bains.

Le voilà qu’il sombre dans les Shadows, titre numéro 6 de l’album.

Ici, alors que The Boy s’est réfugié dans la salle de bains, il est pris de doutes quant à sa relation avec sa copine:

Love me better, kiss me back, listen more

Cette phrase, c’est ce que lui demande sa copine, c’est-à-dire que leur relation ne soit pas seulement physique.

Puis le septième morceau, Telegraph Ave, commence avec un bruit de moteur et de radio.

Le morceau à la radio n’est autre que le Oakland de Lloyd.

The Boy a alors retrouvé ces amis et roule en direction de Oakland, l’air pensif et particulièrement nostalgique:

Two dates and he still wanna get it in
And they're saying it's because of the Internet
Try her once and it's on to the next chick

Ces trois lignes valaient le détour puisque Childish Gambino, à travers The Boy, évoque les relations amoureuses devenues ultra rapides à cause d’Internet.

Pourquoi ?

Parce que Internet est devenu un outil pour afficher ses trophées (comprenez les conquêtes) mais aussi un moyen de communication instantané où il est possible de passer d’une chose à l’autre en une fraction de seconde.

En clair, à l’heure de l’instantané, les gens se lassent vite et ne savent pas apprécier les bonnes choses.

Avec Sweatpants, le morceau numéro 8, The Boy, arrive dans un club à Oakland.

Et cette fois, c’est bien Childish Gambino qui parle, pour montrer que c’est lui le boss du Rap:

Rich kid, asshole: paint me as a villain
Still spitting that cash flow: DJ Khaled
I got a penthouse on both coasts, pH balance

Une fois rentré à la maison, The Boy pense encore à sa copine.

C’est donc sur une déclaration d’amour qu’enchaine Childish Gambino avec le neuvième morceau, 3005.

D’ailleurs, dans le refrain, il l’annonce clairement:

No matter what you say or what you do
When I'm alone, I'd rather be with you
Fuck these other niggas
I'll be right by your side 'til 3005, hold up

Il sera là jusqu’en 3005, comprenez jusqu’à la mort…

Puis, une nouvelle instru arrive en dixième position avec Playing Around Before The Party StarsThe Boy patiente avant la soirée en jouant au piano.

Ensuite, vient cette fameuse soirée, The Party, le onzième morceau de l’album.

Sur ce morceau, Childish Gambino se fait plaisir avec un couplet où il pose une nouvelle fois le décor:

Got bottles and bottles and bottles of Grino
Saw I was rich, now they fucking with 'Bino

Comme il le dit au-dessus, Bino - ou The Boy – se rend compte que toutes ces personnes ne s’intéressent qu’à lui pour l’argent.

Alors que tout le monde s’amuse, il décide de tout arrêter et les fait tous sortir de chez lui.

On enchaine alors directement avec le douzième titre, No Exit.

Ici, juste après la fin de la soirée, The Boy prend sa voiture et s’en va rêvasser:

Park by the bridge, sit on the hood
Look at the cars, stare at my hands, look at the moon
I can't find it, it's gone, what's wrong?

Il parait donc perdu et décide de rentrer chez lui.

Le morceau se termine alors sur ces derniers mots :

Look at the recluse, look at the recluse
Look at the recluse, look at the rec...

A première vue, rien d’intéressant.

Mais le titre de ce morceau fait référence à une pièce de Jean-Paul Sartre, Huis-Clos, ou No Exit en anglais.

Et oui, même les rappeurs peuvent avoir de sacrés références !

Cette pièce de théâtre se termine avec une phrase:

L’enfer, c’est les autres !

Dans cet album, l’enfer est symbolisé par Internet et Donald Glover explique donc qu’il faut vivre comme un reclus pour s’éloigner de ces problèmes.

The Boy rentre alors chez lui, puis s’endort.

C’est alors qu’arrive la quatrième instru de l’album, Death By Numbers.

Sur le site internet, on voit un visuel assez psychédélique qui accompagne ce morceau.

Et on comprend alors, avec le son suivant, que The Boy a tenté de se suicider.

Voilà donc qu’arrive le titre Flight of the Navigator, en position 14.

The Boy se réveille dans un hôpital.

Là-bas, il repense simplement à sa copine et apprend dans le même temps que son père est mort.

Ce morceau est très instrumental et reprend le thème de la mort de nombreuses fois comme ici:

We are all knights fallen
Why try at all? Dark calling

The Boy dit ici que tout le monde finit par mourir et qu’essayer de créer des liens n’est qu’une perte de temps, compte tenu de l’issue fatale.

Le morceau suivant, Zealots Of Stockholm, emmène The Boy - comme son nom l’indique – dans la capitale suédoise pour aller enterrer son père:

Les bruits de cloche d’église présents au début du morceau mettent tout de suite dans une ambiance plutôt sombre…

Childish Gambino, à travers The Boy, en profite pour s’adresser à ses parents:

We used to be unspoken
Now everything is broken
I'm a good son
I'm a good son

D’ailleurs, on sait que Donald Glover avait des parents témoins de Jéhovah et qu’il ne l’a jamais été lui-même, ce qui aurait jeté un froid dans sa famille.

Mais dans ce morceau, Bino en profite aussi pour quelques punchlines bien sympa:

I never understood the hate on a nigga's preference
When every marriage is a same sex marriage
Same sex everyday, monotonous

Il défend ici le mariage de personnes de même sexe au travers du jeu de mots same sex, pour dire que de toute manière, tout mariage est monotone et vieux puisque répétitif:

same sex everyday.

Avec Urn, on a le droit à une transition où The Boy s’apprête à jeter les cendres de son père dans la mer:

Let me hold him in my arms, forever more
These cold nights, the park is ours

Un morceau très court mais vraiment agréable.

Childish Gambino a d’ailleurs déclaré que c’était son morceau préféré dans l’album.

A la fin de ce morceau, on peut lire sur le site internet que The Boy s’inquiète de l’argent qu’il lui reste maintenant que son père est décédé.

Il décide alors de se mettre à dealer de la drogue, et la connaissance de Naomi.

Celle-ci apparait dans le morceau suivant, le numéro 17, Pink Toes.

Ce morceau est avec Jhene Aiko  en featuring, que l’on voit décidément partout en ce moment !

Et c’est donc ici que The Boy devient un dealer:

You never catch your boy po-pimping
Me sittin' on the sidewalk, now that don't sound right

Po-pimping parle ici de ceux qui s’enrichissent aux dépens des pauvres, et les dealers en font partie.

The Boy est pris de remords mais ne peut faire marche arrière.

De son côté, Naomi accepte le métier de son copain:

He slangs, his yay, through the corridors
Every day, 20K, yep, at the very least for sure

Mais alors que tout semble bien se dérouler, The Boy se fait kidnapper…

On enchaine alors sur le dernier morceau de l’histoire de The Boy (mais pas le dernier morceau de l’album), Earth: The Oldest Computer (The Last Night).

Ici, The Boy est retenu par ses ravisseurs, certain de vivre ses derniers instants.

Le moment idéal pour lui - et Childish Gambino - de revenir sur sa vie:

I was young, didn't know to hold it back
Now we here and the world is something else
We could leave any day you call for help
We were gods, nobody was above me

Ici, on le retrouve bien plus philosophe, avec de nombreux regrets, comme celui d’avoir gaspillé sa vie, celui aussi de s’être cru invincible et similaire à Dieu lorsqu’il était plus jeune.

L’histoire se finit alors par une fusillade entre policiers et ravisseurs de The Boy.

Et c’est ainsi qu’il mourra, pris entre deux feux, plein de remords.

Le dernier et 19ème titre de l’album, Life: The Biggest Troll, revient sur le thème général de l’album:

Internet.

Et Bino revient notamment sur les trolls, c’est-à-dire ceux qui se moquent des autres sur Internet:

Everybody see it just before the cops
Trolling, trolling, trolling these niggas
Rick Rolling these niggas, they mad cause they don't know any better

Internet est devenu un moyen de passer toutes sortes de vidéos, même les plus dégradantes.

Et il le rappelle encore avec cette très bonne conclusion:

Because the Internet, mistakes are forever
But if we fuck up on this journey, at least we're together

Sur Internet, les erreurs apparaissent pour toujours et ne sombrent pas dans l’oubli.

Mais ce réseau virtuel séduit aussi puisqu’il permet de ne pas se sentir seul.

Seulement, Childish Gambino n’est pas d’accord avec cette vision et trouve que dans un monde hyper connecté, les gens ne se sont jamais aussi sentis seuls, comme The Boy.

Bref, on va de plus en plus en ligne pour rester en contact et au final, on se sent de plus en plus seul à force de ne plus sortir…

On l’aura donc bien vu, ce Childish Gambino a un sacré univers à lui, qu’il a essayé de nous faire partager à travers un album travaillé.

Et ce n’est pas tout, on note aussi un site internet complètement nouveau, constitué de visuels et textes qui complètent parfaitement l’œuvre musicale.

Mais on remarque également tout au long de l’album, toutes les similitudes entre la vie de ce The Boy et celle de Donald Glover.

Par exemple, le rappeur a admis avoir tenté de mettre fin à ses jours, tout comme The Boy.

Il arrive alors, avec sa propre expérience et beaucoup de recul, à analyser les conséquences d’Internet.

Et surtout, il arrive à nous le raconter avec un vrai chef d’œuvre aussi bien musicale, littéraire et visuelle.

Que dire ?

C’est bluffant. A croire qu’il n’y a pas que les grands, comme Kanye West ou Drake, qui arrivent à réinventer le Rap … (Dorian G.)

 

http://bit.ly/1eCRegR

Commentaires

Ça fait des jours que je devais là lire et je ne suis pas déçu, merci Dorian pour cette excellente chronique et vivement la prochaine !

Écrit par : Flow R. | 20 janvier 2014

Très bonne chronique qui eclairci pas mal de choses. Album vraiment excellent d'ailleurs.

Écrit par : JEeff | 30 janvier 2014

Les commentaires sont fermés.

 
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