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17 décembre 2013

Gravitas de Talib Kweli, on aime sur Skeuds - La Chronique

Véritable O.V.N.I. de la scène Hip Hop américaine, Talib Kweli s'est fait un nom dans le Rap game grâce à son talent à l’écriture et son engagement, autant politique que social.

Gravitas de Talib Kweli, on aime sur Skeuds - La Chronique sur skeuds.comEt pour finir cette année 2013 le natif de Brooklyn a remis le couvert avec un deuxième album.

Décidément, les anciens souhaitent réaffirmer qu’ils restent les patrons, comme on l’a déjà vu - dans un autre genre, avec les marseillais d'IAM.

Après Prisoner of Conscious donc, centré sur des instrus particulièrement travaillées, Talib Kweli revient avec Gravitas, son deuxième album de l'année.


L'on notera deux particularités pour ce dernier opus.

Le rappeur a expliqué la première dans une interview donnée à Complex Magazine:

So I tried new things musically on [Prisoner of Conscious] and worked with many guests. On Gravitas, my focus is on telling my story lyrically.

Talib Kweli veut maintenant se pencher sur les lyrics, contrairement à Prisoner of Conscious où le travail était plus musical.

La deuxième particularité concerne la distribution de ce nouveau projet.

En effet, le rappeur a décidé de devenir complètement indépendant en vendant Gravitas uniquement sur le site de son propre label, Javotti Media.

Un choix osé mais qui peut s’avérer payant, comme nous l’avions déjà dit précédemment.

Allez, rentrons maintenant dans le détail de ce sixième opus …

On commence donc avec une petite introduction, appelée Inner Monologue. Avec un tel titre, on devine bien le ton introspectif que va avoir l’album.

Un couplet pour rappeler le but principal de Talib Kweli:

Faire de l’art.

Mais celui-ci n’oublie pas, au passage, de rappeler que cela ne l’empêchera pas d’être engagé:

They hate when I engage to debate, like Wale's Twitter feed
Who I'm kidding? I'm the great debater

Ici, il en profite pour défendre son ami Wale qui a l’habitude de répondre sur son Twitter à ceux qui lui écrivent … répondant même aux tweets les moins sympathiques.

Une manière de dire que le débat est essentiel et qu’il en est le plus grand défenseur.

Puis, Talib Kweli enchaine sur ses vieux démons avec Demonology.

Il n’est pas seul sur ce morceau puisque Gary Clark Jr l’accompagne le temps d’un couplet. Ici, il s’attarde sur ceux qui n’aiment pas son art, ceux qu’il dérange en somme.

D’ailleurs, dès le début du morceau, il résumé à merveille son boulot:

I rock the boat so much you get nauseous and start to feel sick

Comprenez qu’il n’est pas là pour chanter des berceuses et que son objectif est justement de déranger. Et de critiquer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui:

Word, wrapping ourselves in denial like it's a warm blanket
Trying to go evasive like faces to gear war painting

Voilà qu’on rejoint le thème de l’intro:

Fuir le débat, rester dans le déni, n’arrangera pas les choses.

Talib Kweli le sait, il veut combattre ces démons, ses détracteurs, mais ne peut le faire seul et demande aux autres rappeurs d’ouvrir les yeux.

Le troisième morceau n’est autre que l’état de grâce, comprenez State of Grace.

Un sacré morceau où Talib Kweli a des choses à dire et d’une durée de plus de six minutes !

Il est accompagné de Abby Dobson, qui apporte la petite touche Soul bien agréable.

Concernant les lyrics, difficile de sélectionner quelques citations tellement l’ensemble est de qualité.

Le morceau raconte, à travers l’histoire d’une jeune fille, tout ce gâchis du Rap bling-bling rempli de clichés et sans aucun intérêt.

Et ça commence avec un petit tacle à Notorious B.I.G.:

From New York, she preferred Pac over Biggie
No disrespect to mister Wallace, but she liked to do the knowledge
And she felt that Pac was more lyrical

Wallace étant le nom de famille de Biggie aka Chrisopher Wallace, Talib Kweli critique donc l’ancienne figure de la Côte Est à travers cette fille, qui préfère largement Tupac et son phrasé et ses lyrics intelligents.

Her favorite rapper invited her backstage would have stayed
But she felt she really ain't belong
Would she would have let him hit? This nigga, called her a bitch
She erased all her songs from the phone

Et voilà qu’il enchaine sur la déception de la jeune fille (on suppose qu’il s’agit toujours de Tupac) lorsqu’elle est traitée de “bitch” par son idole. Alors, tous les mêmes ?

These niggas get the whole world, but what's the cause?
[…]
Prepackaged, fabricated shit rap
Running through you like fast food; Big Mac's

Talib Kweli finit donc sur ces dernières punchlines endiablées. Il critique ici ces rappeurs que l’on voit partout, omniprésents sur les ondes, à la TV, mais qui ne prennent part dans aucun combat, aucune cause.

Leur Rap est vide de sens, artificiel. Un sacré tacle mais un tel monument peut se le permettre … surtout depuis qu'il est indépendant.

La suivante s’intitule Violations et accueille le Wu Tang Raekwon.

Dans la droite ligne du morceau précédent, Talib Kweli et son compère du Wu Tang s’attardent à distinguer deux types de rappeurs: les vrais et les faux … quitte à se faire des ennemis:

My niggas keep it pure while you cut with the baking soda
These rappers be stretching the truth like they taking yoga

Autrement dit, tandis que le crew de Talib Kweli reste pur et brut, d’autres préfèrent s’inventer quelques histoires pour faire plus Gangsta.

Ici, on ne peut s’empêcher de penser à Rick Ross, qui cherche à se faire passer pour un vrai gangster.

Pourtant, les seuls moments où il a fréquenté la prison, c’était pour faire ses rondes de surveillant. Sans parler de la fusillade dont il a été victime l’été dernier ... enfin dont il est supposé avoir été victime ...

Rare Portraits prend la suite.

Un morceau plutôt atypique composé d’un seul couplet sans le moindre refrain.

Idéal pour un moment autobiographique et Talib Kweli ne s’en prive pas. Il raconte ses débuts:

1989 was the number, the year that I started rhyming

Ses rencontres:

What's up, OG Brooklyn shit
Not for impostors, pour out a shot of vodka for them
Big L, Big Poppa, Big Pun, 2Pac

Et sa vision du futur:

Way cold, continue to pave the road for the Kendricks and J Coles
Continue to stake gold

Une manière aussi de rappeler ses deux petits préférés de la nouvelle génération ... J. Cole et Kendrick Lamar.

En sixième position vient New Leaders, avec UnderAchievers - jeune duo de Rap US prometteur composé de AK et Issa Gold - en featuring.

Ici, Talib Kweli rompt un peu avec le début de l’album et les instrus très classiques pour proposer un rythme particulièrement entrainant.

Dans ce morceau, le rappeur de Brooklyn veut pousser les jeunes à se surpasser, à prendre les devants:

Such an urgency to express himself, but really nothing to say

Il appelle ici les plus jeunes à s’exprimer, dans un monde où c’est devenu tellement plus facile de le faire grâce aux réseaux sociaux.

Et pourtant, la majorité d’entre eux en profite pour parler de choses sans le moindre intérêt, sans saisir cette chance.

Au passage, il en profite pour tacler une nouvelle fois ces rappeurs Mainstream, dont un en particulier:

These new slaves ain't ready for my masterpiece
So when they hear me rap it's catastrophe

Vous l’aurez certainement reconnu, il s’agit de Kanye West, critiqué à travers les mots new slaves comme est intitulé l'un des morceaux de son Yeezus.

Talib Kweli critique donc ces artistes avec un train de retard, incapables de comprendre ses œuvres et donc de juger en conséquence.

Le septième morceau est également le premier single de l’album. Le clip de The Wormhole a d’ailleurs été présenté par le rappeur il y a quelques jours.

Un clip simplement composé d’archives et autres montages photos.

L’introduction démarre avec un enregistrement de Tupac où le sujet est les Illuminati.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien ce mot, il évoque simplement une théorie conspirationniste où un certain groupe de personnes chercherait à dominer le monde en infiltrant la société mondiale à tous les échelons.

Mais dans l’intro, le mythique rappeur de la côte Ouest (né à NYC !!!) raconte qu’il ne croit pas du tout que certains rappeurs appartiendraient à cet ordre, que c’est du fantasme.

Talib Kweli reprend cet argumentaire et déclare tout simplement que les rappeurs perdent leur temps à savoir lesquels d’entre eux en feraient partie, que ceci n'est que pur spéculations:

Found this fascination the order was inspiration
And ain't no disrespect to the masons
But you try to keep secrets then it leads to speculation
Only those in league with Satan need to hide information

Pour lui, les vrais ennemis sont déjà connus et que les rappeurs feraient mieux de se concentrer sur eux:

The Federal Reserve, the World Bank and the IMF
Helping the poor get poorer you in debt until your dying breath

Ce serait donc, selon lui, toutes ces institutions responsables de la dérive capitaliste extrême de ce monde. Et il le répète:

It ain't the Illuminati that worry me

Ce n’est donc qu’un fantasme pour rappeur en mal d’inspiration, rien d’autre. Jay-Z appréciera !!!

Puis, on enchaine avec What’s Real.

Sur ce morceau, on notera le featuring avec la revenante RES qui apporte là aussi une petite touche Soul sur le refrain.

Talib Kweli s’attarde ici sur sa carrière, sur ce qu’il a fait et ce que son nom représente:

My name ring them bells like a doorman
Y'all niggas game is so corny

Son nom reste donc célèbre, il le sait bien.

Pourquoi ?

Surtout parce que le Rap game est tellement banal qu’il sort facilement du lot.

I'll be giving you nothing but the raw deal
What I say on display is the purest skill
I be giving y'all niggas what's more real

Et il le redit ici, son travail est pur et brut. Il dépeint la réalité comme devraient le faire tous les rappeurs.

Le morceau #9 s’intitule Art Imitates Life, avec Black Thought et Rah Digga (ancienne membre de Flipmode Squad, team créé par Busta Rhymes) pour les couplets et ALBe.Back pour le refrain.

Pour le moment, les citations faites sur cette chronique n’étaient que de Talib Kweli.

Il faut dire que c’était de loin les meilleures. Mais le couplet de Black Thought est ici très intéressant:

Them never-ending pursuit of them dead presidents
Is the reason I got the band back together, bitch

Il dit donc ici que si l’équipe s’est retrouvée (comprenez Talib Kweli, Rah Digga et lui-même), c’est bien pour faire de l’argent.

Dead presidents est un terme souvent employé par les rappeurs pour parler de l’argent, puisque cela fait référence aux effigies de présidents (dead - morts) imprimées sur les billets.

Talib Kweli enchaine ensuite:

The music that's creating a movement like it's December 4th
Threw away the dark meat but they ate the white
Animated like it's kind of darklit it's my wicked life
It imitate my life

Et rappelle ici que si son Rap peut paraitre sombre, méchant voire violent, c’est simplement parce qu’il dépeint la réalité et que sa vie est loin du conte pour enfants.

Il en profite au passage pour encenser Jay-Z et Pimp C à travers l’expression December 4th puisqu’il s’agit de la date de naissance du premier et du jour du décès du second.

On enchaine avec le numéro #10 intitulé Lover’s Peak.

Ce morceau est particulièrement court (2 minutes seulement !) mais tellement bon musicalement parlant.

Ici, on remarque un vrai travail musical et bien qu’il n’y ait qu’un couplet très court, ce dernier est écrit à merveille par Talib Kweli, jugez vous-même:

Love is the hunger, love is the thirst, love is the best
Love is the worst, love is perverse, love is to cure

Cette citation ne se commente même pas, c’est tout simplement beau… et travaillé !

Dommage que ce morceau soit si court, le couplet s’accorde parfaitement avec une instru très crooner et Jazzy.

L’ultime et onzième titre s’intitule Colours of You et accueille Mike Posner. Un titre idéal pour conclure:

Coming to life when I'm flipping through the pictures
Switching up the positions, my karma karma chameleon
Change colours with the surroundings

Autrement dit, Talib Kweli est un vrai caméléon puisqu’il prend toutes les couleurs environnantes.

Une belle métaphore pour dire qu’il a de la chance de vivre beaucoup de choses et d’avoir vécu de nombreuses expériences.

L’album se termine sur ce refrain:

Eyo the world is my colouring book
Look, new discoveries every time when I colour outside the lines

Il s’enrichit donc de chaque expérience, comme si chacune d’entre elles était une nouvelle couleur sur son cahier de dessins.

Une manière d’inviter les gens à voyager pour s’ouvrir et éviter les tristes idées que provoque le repli sur soi ?

Une belle conclusion en tout cas…

En définitive, ce Gravitas ravira certainement les puristes et amateurs du Talib Kweli de la première heure puisqu’il rappelle beaucoup ses deux premiers albums, Quality et The Beautiful Struggle.

En comparaison, Eardrum et Prisoner of Conscious apparaissent résolument plus modernes mais peut-être un peu moins authentique.

On regrettera simplement (mais est-ce un reproche ?) que l’album soit un peu léger puisqu’il ne comporte que onze titres.

Dommage, surtout quand on sait que son dernier album est sorti en mai 2013 et qu’il aurait pu attendre un peu avant de sortir Gravitas.

Talib Kweli réaffirme donc une énième fois l’étendue de son talent avec ce dernier opus. Son phrasé reste toujours aussi piquant, habile et réfléchi à la fois.

Bref, on vous avait prévenu, Talib Kweli est un O.V.N.I. ... qui s'écoute en toute indépendance.

A découvrir ICI sur Skeuds si ce n'est pas encore fait. (Dorian G.)


http://bit.ly/JvTwoq

Commentaires

Cool l'article!! C'est du sacré taf ça! Un beau cadeau de Noël que nous offre Kweli, et quand on sait qu'il l'a préparé pendant sa tournée avec Macklemore et Big K.R.I.T.

Merci encore pour l'article!

Écrit par : Droopy-gggg | 17 décembre 2013

Merci à toi Droopy-gggg ! Et oui, c'est vrai que Kweli doit être une bête de travail pour réussir à faire les deux en même temps, le tout en à peine 6 mois. Pour info, il s'est déjà remis au travail pour un prochain album avec en guests, les deux rappeurs que tu viens de citer. Impressionant...

Écrit par : Dorian G | 17 décembre 2013

Les commentaires sont fermés.

 
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