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12 juin 2013

On a surkiffé le Born Sinner de J. Cole - Chronique

Le 18 juin est une date à marquer d’une pierre blanche pour le Rap outre-atlantique, avec les sorties du mystérieux Yeezus de Kanye West, du Watching Movies With The Sound Off de Mac Miller et enfin du Born Sinner de J. Cole.

J. Cole dévoile la pochette de Born Sinner sur skeuds.comPour l’occasion, trois chroniques pour ces trois albums très différents mais tous prometteurs, si les attentes ne sont pas les mêmes en fonction de l’album de l’artiste elles n’en sont pas moins élevées, que ce soit pour Yeezy, Mac Miller ou J. Cole.

Aujourd’hui, à 8 jours de cette date tant attendue, nous allons parcourir l’album de J. Cole, Born Sinner et désolés pour ce titre emphatique qui résume plutôt bien ce que nous en pensons.

Jermaine Cole aka J. Cole originaire de Fayetteville en Caroline du Nord et première signature du label Roc Nation de Jay-Z avait fait grand bruit avec son premier album paru en septembre 2011, Cole World : The Sideline Story avec pas moins de 218 000 albums vendus en première semaine et des louanges venant d’un peu partout, puis en 2012, plus rien.


En effet, J. Cole s’est fait très discret l’année dernière, pas ou peu de featurings, des morceaux solo quasiment inexistants, c’était à se demander si le petit protégé de Jay-Z n’avait pas tout simplement abandonné la musique (on exagère à peine).

Après avoir annoncé Born Sinner pour le 28 Janvier avec notamment la sortie de Miss America en soutien et, comme beaucoup aujourd’hui, repoussé cette date (au 18 Juin donc), J. Cole est véritablement passé en mode album en 2013 avec la sortie le 14 février dernier de Power Trip, très bon single où le rappeur Roc Nation est accompagné du chanteur en vogue et Grammy winner Miguel, à partir de là, plusieurs vidéos et des leaks de morceaux bien maîtrisés niveau timing, le terreau était fertile pour l’arrivé de Born Sinner.

Skeuds a posé assez longuement une oreille sur cet album tant attendu et vous propose sa modeste chronique.

Il y a plusieurs façons pour un artiste de démarrer (d'introduire) d'un album.

Si certains préfèrent uniquement une instrumentale en guise d’introduction ou bien un morceau allant crescendo, J. Cole attaque directement avec le "lyricalement" puissant Villuminati (contraction entre Fayetteville, son hometown qu’il appelle aussi parfois Dreamville et Illuminati, à la manière de Tupac avec Killuminati).

J. Cole dévoile la pochette de Born Sinner sur skeuds.com

Ce morceau est produit par J. Cole lui même comme l’ensemble de l’album, il est intéressant de constater que le sample au début de Villuminati est issu du dernier morceau de l’album, Born Sinner, ce qui signifie que la dernière ligne de l’album est également la première:

I’m a born sinner, but I die better than that

Une façon d’uniformiser son thème, ce qui est plutôt bien pensé. Avant de véritablement commencer le morceau, Jermaine Cole ne manque pas d’ajouter:

It's way darker this time

Cet album sera donc plus sombre que le précédent, comme beaucoup de rappeurs sortant leur premier opus, J. Cole était partagé pour Cole World entre faire l’album qu’il souhaitait et l’album susceptible de plaire comme le souhaitent souvent les labels.

Cette fois c’est lui le maître à bord, musicalement et "lyricalement" et Villuminati est peut être l'un des morceaux les plus "durs" que J. Cole ait enregistré.

La première ligne est sans appel:

Sometimes I brag like Hov’, Sometimes I’m real like Pac
Sometimes I focus on the flow to show the skills I got

On sent tout de suite une confiance en soi prononcée du Roc Nation rappeur, il le dit lui même, parfois il se la raconte comme Jay-Z, parfois il est "authentique" comme 2Pac, comparaison plus que audacieuse pour débuter un album.

Ce morceau est plein de perles au niveau des paroles et tout le monde en prend pour son grade.

En effet il explique qu’à l’époque où son père sortait en club, il avait droit à du Rick James (chanteur et producteur de Funk dans les années 80) et tout ce qu’il entend aujourd’hui lorsqu’il sort, c’est Trinidad James (même s’il ne manque pas d’ajouter que si les hoes aiment ça, il apprécie lui aussi, tout en citant une ligne du fameux All Gold Everything).

Il parle également de lui enfant, de comment à 11 ans étant fan de 2Pac il avait l’habitude de dire Fuck Jay-Z et Fuck Biggie.

Des années plus tard, alors que J. Cole attendait à l’entrée d’un studio pour essayer de donner un de ces cds à Hova à New York, la sécurité lui demanda de s’écarter.

Ironie du sort, un an après J. Cole devenait (officiellement) le premier membre de Roc Nation.

Deux couplets de plus où tout y passe, misère, manque d’éducation, fausses rumeurs Illuminati, complexe d’infériorité par rapport à des artistes mieux payés.

Un morceau à couper le souffle pour ceux qui s’intéresserait de près au paroles, il se termine sur une sample du fameux Juicy de Notorious B.I.G. Born Sinner, the opposite of a winner, quoi de mieux ?

On poursuit avec Kerney Sermon (un skit) dans lequel le thème de la religion est repris (Born Sinner signifiant né pêcheur).

Le pasteur Kerney Thomas est connu aux États Unis pour animer une émission matinale religieuse, dans ce sermon s’illustre toute une contradiction que l’on peut voir aujourd’hui, le pasteur promet un miracle à ceux qui décrocheraient leurs téléphones pour acheter un pack de prière personnel, démarche surprenante mais communément répandue aux États Unis.

Le troisième morceau, Land of Snakes, est l’un de nos préférés.

Très bien produit, il contient un sample reprenant le synthétiseur du célèbre The Art of Storytelling Pt. 1 de Outkast sorti en 1998, on prend mesure de la qualité des instrumentales de J. Cole relativement tôt dans l’album, celui ci offrant un véritable travail de qualité.

Dans ce morceau il se remémore ses modestes débuts à Fayetteville, ses années à St John’s University à New York jusqu’à aujourd’hui.

Il nous parle des contradictions qu’il a pu rencontrer, de son parcours avec son lot d’envieux et de personnes déçues, comme le dit J. Cole lui même:

Watch the snakes cause they watching you

En quatrième position vient Power Trip, le single qui a assuré le bon déroulement de la promotion de Born Sinner, une balade amoureuse sortie juste à temps pour la saint valentin et un beau succès commercial (actuellement numéro 11 au Hot 100 US Singles) pour un morceau pourtant loin des standards actuels. Miguel est peu présent mais viens jouer le crooner efficacement:

Would you believe me if I said I'm in love
Baby, I want you to want me
Would you believe me if I said I'm in love?
Baby, I want ya

J. Cole dévoile ses sentiments à une femme qui le tiens définitivement dans ses griffes et bien qu’il ait conscience de ce qui est en train de se passer, il ne peut pas l’empêcher.

On poursuit avec Mo Money (interlude), un morceau bref où J. Cole nous parle donc d’argent (étonnant non ?) mais avec un certain recul où il dépeint sa situation financière et les rapports à l’argent des afro-américains entre autre:

Still broke compared to niggas with old money
I mean the type of niggas that laugh at Hov money

Même avec l’argent qu’il a gagné pour le moment, il est toujours pauvre comparé à ceux qui ont du old money, ceux qui rient à la fortune de Jay-Z, les milliardaires magnats du pétrole.

Le morceau numéro 6 est intitulé Trouble et sur une production avec un sample de Gospel, J. Cole nous explique comment le rapport qu’il a au sexe opposé a évolué et comment aujourd’hui, tout pour lui est prévisible.

Il connaît les mécanismes mis en œuvre par les groupies et se laisser aller avec ces dames ne lui apporterait que des ennuis, il pousse même jusqu’à imaginer que si l’une d’elle avait eu un enfant douze ans après avoir côtoyé J. Cole, celui ci lui demanderait purement et simplement en entendant ce morceau:

Momma did you fuck J. Cole?

Sans commentaires !

En septième position, vient Runaway où l’on peut entendre un extrait d'un stand-up de Mike Epps, le célèbre comédien, en introduction.

Le morceau est, à l’image du reste de l’album, très introspectif, J. Cole y explique qu’il n’y a pas assez de temps pour poursuivre ses rêves et continuer sa relation avec sa girlfriend, il se sépare donc d’elle mais, dans un excès d’alcool, revient la voir. Il a l’impression d’être menotté et ne sais pas quoi faire:

When you can't live with her and you can't live without

Il ne peut pas vivre avec elle, mais ne pas vivre sans elle pour autant.

Le sujet s’élargit ensuite sur l’esclavage et de comment celui ci ne concernait que la population noire par le passé en rapport avec le fait qu’aujourd’hui nous somme tous esclaves de la société de consommation, peu importe la couleur de peau.

Le tout sur une production très douce à base de basse et de piano,comme pour servir d’écrin aux paroles pleines de sens.

Le morceau numéro 8, en featuring avec Amber Coffman est intitulé She Knows et sample le morceau de Cults, Bad Things.

J. Cole dévoile la pochette de Born Sinner sur skeuds.com

Ce morceau est dans la continuité des deux précédents qui dépeignent les rapports de J. Cole avec la gent féminine. Ici, il avoue tromper sa bien aimée mais le regrette pourtant, une nouvelle épreuve qu’apporte le mode de vie d’un rappeur et le pire dans tout ça, c’est que la jeune femme est tout à fait au courant de ces pratiques peu morale, et oui .... She Knows !

Pour l’anecdote, J. Cole prend l’exemple de Martin Luther King pour illustrer son propos, ce dernier ayant trompé sa femme, Coretta, preuve que l’on peut être tout à fait respectable et céder (malheureusement ?) à la tentation:

This is Martin Luther King in the club
Getting dubs, with a bad bitch
In his ear sayin' she down for whatever
In the back of his mind is Coretta

L’instrumentale est une nouvelle fois bien ciselée, la voix de Amber Coffman en background étant du plus bel effet sur ce piano grave.

Si les productions de J. Cole sur cet album sont belles dans leur complexité, le morceau 9, Rich Niggaz, nous propose une instrumentale plus minimaliste et intime mais toute aussi efficace, la boucle de harpe offre une fluidité toute particulière au morceau.

Sur de telles sonorités, il n’est pas étonnant de retrouver un des morceaux les plus personnels de cet album, si le titre est racoleur le fond est bien plus ... profond, il nous raconte les sacrifices qu’a du faire sa mère pour subvenir à ses besoins:

When your momma ain't at home cause she got a second job
Delivering pizzas you think she out there getting robbed

Le jeune Jermaine Cole voyait alors sa mère cumuler les jobs (livreuse de pizza entre autre), de quoi effrayer J. Cole version enfant, ayant peur que celle ci puisse se faire voler ou pire.

Dans le deuxième couplet, J. Cole s’adresse aux rappeurs qui se compromettent sous prétexte de plaire aux masses et les interroge sur le fait de dire tout le temps la même chose. Il se demande si tout ça ne l’a pas changé et à peur de ce qu’il pourrait devenir dans ce climat, il se rend compte que l’argent n’est pas la solution à tous les problèmes et comme il le dit dans le refrain la question est la suivante:

How much for your soul ?

Définitivement un de nos morceaux préférés de Born Sinner, sans aucun doute.

On continue avec un skit, Where’s Jermaine qui introduit le morceau Forbidden Fruit en featuring avec un des collaborateurs préférés du Roc Nation rappeur, Kendrick Lamar.

Les amateurs de Hip Hop reconnaîtront le sample du Mystic Brew de Ronnie Foster rendu classique par A Tribe Called Quest et le fameux et classique Electric Relexation, le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est toujours aussi efficace.

Ce morceau sur le thème du fruit défendu montre une nouvelle fois l’alchimie entre J. Cole et K. Dot (dont on attend toujours le projet commun), même si la participation de ce dernier est un petit peu limitée. J. Cole en profite également pour expliquer avec un jeu de mot sa décision de sortir son album le même jour que Kanye West:

I'mma drop the album the same day as Kanye
Just to show the boys the man now like Wanya

Wanya Morris étant un chanteur du mythique groupe Boyz II Men, il veut ainsi montrer au garçons l’homme qu’il est devenu, avec la confiance en soi qui va avec et donc l’envie de se mesurer aux "grands".

En douzième position vient Chaining Day, dans lequel J. Cole reprend un thème bien connu des rappeurs, une Jesus Piece (pendentif représentant la tête de Jésus tout de diamant recouvert) et donc des contradictions que cet figure emblématique peut représenter (Les rappeurs ne sont pas connus pour suivre les valeurs de la religion au pied de la lettre, cela se saurait).

J. Cole raconte ses dépenses pour l’image qu’il veut renvoyer (voitures, chaînes en or etc…) et pour autant n’a toujours pas acheté de maison…

Truth be told I ain't even bought a crib yet

Mais dans le deuxième couplet il dévoile qu’il a abandonné ce côté flashy pour finalement se tirer du clinquant et enfin s’offrir une belle maison. Le tout est une nouvelle fois produit avec brio, l’instrumentale est de qualité et on en redemande !

L’interlude qui suit, Ain’t That Some Shit, dénote un peu du reste de l’album, ici J. Cole se donne deux minutes pour se la raconter sur une instrumentale lourde comme il faut.

On poursuit avec le deuxième single de l’album, le très bon Crooked Smile en featuring avec le célèbre groupe de R&B des années 1990, TLC.

Un morceau rafraîchissant au possible, parfait pour démarrer cet été en douceur, une ode à ce qu’endurent les femmes pour être belle et J. Cole ne manque pas de se moquer de ses propres défauts physiques, de sa mauvaise dentition à ses sourcils. Un beau morceau, musicalement comme au niveau des paroles.

En quinzième position, certainement l’un des morceaux les plus marquants de cet album, Let Nas Down.

Les rumeurs n’étaient donc pas infondées, en effet, il se disait que l’album J. Cole contenait un morceau intitulé I disappointed Nas (J’ai déçu Nas) mais si le titre a changé, le sujet reste le même.

Sur un production J. Cole/No I.D. ponctuée par un saxophone, J. Cole explique ce qu’il a ressenti après avoir appris que Nas détestait le single l’ayant quelque peu sorti de l’ombre, Work Out.

Situation compliquée pour lui en tant que fan de longue date de celui qui a sorti Illmatic en 1994.

Il raconte le casse tête entre rester vrai (real) comme l’aurait certainement souhaité Nas et les pressions exercées par les labels pour faire des morceaux prédisposés à passer en radio.

Tout un concept donc et on ne peut que louer J. Cole pour avoir osé faire ce morceau, qui a du s’avérer compliqué a écrire.

L’album se clôt sur le titre éponyme, Born Sinner en featuring avec James Fauntleroy, membre de Cocaine 80s et producteur/songwriter émérite.

Une véritable conclusion musicale,

J. Cole revient une dernière fois sur son parcours sous la forme d’une véritable lettre ouverte à Elle, la musique.

Une belle façon de conclure un LP rondement mené et le chœur de Gospel sur lequel le morceau se termine ne fait qu’accentuer ce sentiment de mission accomplie.

Pour conclure brièvement, on peut clairement dire que Born Sinner est une véritable réussite de la part de J. Cole:

C’est un album musicalement cohérent et s’il est risqué de vouloir produire entièrement son album (voir Indicud de Kid Cudi), J. Cole réussi un coup de maître en proposant des sonorités travaillées et tout simplement efficaces.

Le contenu est à l’égal de la musique et le Roc Nation rappeur a un certain don pour raconter des histoires, on prend le temps de regarder les paroles de près et on est en immersion complète dans Born Sinner.

Si l’on devait reprocher quelque chose c’est (peut-être) le manque de featurings Rap qui manquent, si l’on ne parle pas d’un album encombré, il aurait été légitime de donner un couplet à Kendrick Lamar sur Strange Fruit par exemple, tant l’alchimie est flagrante.

A part cela, rien à redire sur Born Sinner qui vieillira probablement très bien et même si Born Sinner ne vendra probablement pas autant que Yeezus, il est fort possible que Born Sinner soit l’album le plus cohérent à sortir le 18 juin prochain.

On peut se demander si la cohérence est pour autant synonyme de qualité et de réussite commerciale ?

Rendez vous le 18 Juin pour le savoir !

En tout cas nous à Skeuds, nous sommes sous le charme et nous donnerions un beau 8,5 à cet album ... en notant sévère !!!

Et vous, qu’avez vous pensé du Born Sinner de J. Cole ? N’hésitez pas à partager votre avis avec nous sur Skeuds. (Pierre C.)


A lire également:

Skeuds est désormais consultable sur smartphone ICI.

http://bit.ly/13Wz4Bw

Commentaires

Enorme review merci à vous ! J'attends avec impatience celle de Mac Miller et de Kanye maintenant !

Écrit par : Thomas | 12 juin 2013

Très bonne review, à l'image de ce nouvel opus de Mr.Cole, qui a su nous proposer un très bon album, tant au niveau du flow que des productions. En effet, peu de featurings sur cet album, mais cela nous change de l'hégémonie YM ou MMG !

Je ne pense pas pour autant que Cole bénéficiera d'un très bon classement dans les charts US tant cet album se démarque des dernières sorties !

Écrit par : Romain | 12 juin 2013

vous avez pas parler de la version deluxe

Écrit par : dope | 12 juin 2013

Merci à tous, content qu'un tel album mette tout le monde d'accord !
@dope : Si l'on ne parle pas de la version deluxe (bien qu'il y ait des choses intéressantes également), c'est pour garder une vision globale du projet, les morceaux des versions deluxes étants souvent "hors-album" au niveau du concept voir des sonorités !

Écrit par : Pierre Skeuds | 12 juin 2013

Très bonne chronique, c'est cool de pouvoir lire ça, pour ceux qui comme moi ne comprennent que très peu les paroles en anglais, savoir de quoi parlent les chansons rehausse l'album dans mon estime, mais je suis confiant pour les ventes, il a un bon potentiel :D

Écrit par : Yomanesko | 12 juin 2013

je voulais ce que vous pensez du son de j. cole en feat avec 50 cent & bas c pour çà que , sinon je comprend mais des surprises sur les versions deluxes.

Écrit par : dope | 12 juin 2013

Les commentaires sont fermés.

 
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